À mon sens, on peut dresser maints parallèles entre la peinture dans le domaine public et ces utopies. Sans vouloir être exhaustif sur la question car j’espère que la plupart des lecteurs de ce modeste blog l’auront lu, j’en évoquerai quelques unes. D’abord le coté illégal, qui rapproche les pirates des temps anciens** des hacktivistes, qui s’infiltrent dans des endroits sans autorisation et en prennent possession avec leur marque de fabrique. Si les lieux ne sont pas vraiment illégaux ou alors sans danger imminent, de toute façon l’action de peindre dans des lieux déserts ou desaffectés rend la zone temporairement autonome.
Evidemment, trouver de tels lieux véritablement autonomes n’est pas une mince affaire, surtout à Paris, et en particulier dans une zone aussi dense que La Forge, où eut lieu notre hommage à celui ou ceux qu’est/sont/fut/furent Hakim Bey. Mais j’ai choisi cet endroit pour son fourmillement en matière de détritus, autant que pour le passage de beaucoup de peintres amateurs. Les détritus étaient la condition sine qua non de cet hommage, car je voulais réaliser une oeuvre vraiment éphémère et aussi transfigurer le mur, de simple support où on applique de la peinture à installation en 3D; de mur facile à repasser à surface complexe à reconquérir. Il s’agit là non seulement d’une piraterie de l’espace de peinture mais aussi d’un pied de nez à l’égard de ceux qui considèrent qu’on ne peut réaliser des interventions graffitesques que d’une certaine manière et pas autrement.
Enfin, au delà d’une action manifestement politique, il y a une dimension forcément ludique. Choisir les éléments dans le gros tas d’ordures, les placer en essayant de créer une harmonie dans le désordre, réfléchir à rendre l’installation un tant soit peu harmonieuse avec la peinture, voire avec le lieu et enfin faire un lettrage à peu près lisible HAKIM BEY, tout en essayant de s’extirper des règles établies. S’amuser en faisant une sorte de n’importe quoi qui a du sens!
Quelques photos sont maintenant nécessaires pour illustrer mon propos.
Après-midi agréable aux cotés de Tyranny, Darkside70 et Volum.
Vous retrouverez les photos de darkside sur son flickr (dont une belle vue d’ensemble)
http://flickr.com/photos/m_barek/sets/72157606780685091/
Notes :
*ceci dit pas ceux qui se prennent au sérieux et qui sont légion, en particulier à Paris. Dans ces conditions, mes peintures à l’énergie brute, au style libre et à la saleté aggravante ne plaisent pas et souvent je préfére dire que je fais juste de la peinture plutôt que du graffiti, tant pour apaiser les réacs hargneux que pour me conforter dans un anticonformisme insolent!
** car même si la piraterie continue d’exister de nos jours, les (u)topies libertaires telles que des minis états sans foi ni loi comme ceux exposés dans le livre d’Hakim Bey sont loin de pouvoir exister encore.




















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